Depuis la fin de la grande guerre et durant les années cinquante du siècle passé, et les luttes partout sur cette planète pour l’émancipation des peuples et le droit à l’autodétermination. Le monde a connu des soubresauts, d’autres petites guerres et les pays de ce que l’on appelait pudiquement et avec un euphémisme cynique le tiers monde ont rencontré des fortunes diverses et variées. L’Inde, la Chine l’Amérique Latine, l’Afrique et l’Afrique du Sud, l’Indochine, les deux Corées, l’Europe de l’Est. Diverses parties du monde, avec des cheminements séparés. Il y eut également l’histoire du monde arabe. La poursuite du rêve nationaliste de réunification, aussi dangereuse et éphémère que celle du célèbre Diamant Vert. La création de l’entité sioniste, véritable poignard empoisonné, planté dans les côtes d’un corps devenu malade et cancéreux. Que de péripéties, guerres, lutte acharnée, défaites et humiliations. Il y eu 1956, la guerre d’Algérie, la guerre des six jours, la guerre d’Octobre 1973, Liban 1982, première et deuxième et troisième guerre du Golfe, Intifadha 2000, Liban 2006 et Gaza 2008. Une longue litanie d’injustices et de sang répandu en pure perte.
Puis les blocs sont tombés et nous nous sommes tous trouvés dans un monde globalisé, unipolaire. Les portes du monde entier se sont ouvertes toutes grandes au commerce et aux échanges des biens et des hommes. Le monde entier, le continent noir et le monde arabe, exceptés, mis à part. L’Arabe peut tout échanger avec le reste du monde sauf lui-même. Il ne peut circuler librement. Il nait condamné à la prison perpétuelle à l’intérieur des frontières de son pays. Une immense prison à ciel ouvert. On a même ouvert une petite prison annexe au sein et au beau milieu de la grande; sorte de quartier de haute sécurité, celle-ci s’appelle Gaza. Aucun droit à l’auto gouvernance. Les algériens s’y sont essayés en 1991, et s'en sont mordus les doigts. Ils se sont retrouvés avec une guerre civile ensanglantée sur les bras et des centaines de milliers de morts, d'éclopés et de femmes violées. Leur choix ne correspondait pas tout à fait à la ligne tracée par Washington, Londres et Paris. Nous avons des gardes chiourme, des Kapos, des gardiens de prison hautement qualifiés et bien entraînés. Bien nourris, et grassement dotés. Leur basse tâche consiste à veiller au grain et que le troupeau broute constamment et en silence. Il faut maintenir le calme absolu. Ces maîtres serviles et protégés en haut lieu, ont le bras long et toute latitude à agir, réprimer, mettre au cachot, torturer en toute impunité. La Haye et sa cour, Strasbourg et son parlement, les nations-unies, l’Unesco, l’Unicef, le G 8, 20 et toute la communauté internationale détournent pudiquement la tête et font semblant de ne rien voir, rien entendre. Tous atteints de surdité, commode et confortable. Ces gardes zélés ont pour tâche d’empêcher leur troupeau de faire l’école buissonnière vers la forteresse Europe, mais pas seulement, leur rétribution comporte également d’empêcher ceux venus d’Afrique d’y aller. Tous les pauvres affamés, tous damnés de la terre. Il y a une Europe grasse et malade d’indigestion, d’un côté et d’autre des royaumes des sables gavés de pétrole et de billets verts. Des hommes enrobés et sans soucis de fins de mois. Tous ont le droit absolu de patauger sans restriction ni modération dans un monde lisse d’Alice aux pays des merveilles. Pas pour nous. Accéder à une page web, voir un film ou aller à un concert de musique, lire un livre ou un article de presse, relève du tabou et du crime de lèse majesté. Oser ne serait ce que rêver une idée ou une opinion qui sort de l'ordinaire journal du 20h, prononcer en chuchotant le mot liberté est considéré subversif et dangereux. La seule perspective possible est consommer et engraisser tels des veaux, lorsqu’on a la chance d’avoir un emploi digne, copuler et enfanter et surtout s’enfermer chez soi le soir venu et la boucler. Toute autre alternative conduit au Goulag ou la traversée périlleuse vers des cieux sans lendemain. Le poisson en Méditerranée et dans la Mer Rouge se nourrit bien. Parfois , Il faut même creuser des tunnels sous des frontières pour aller acheter du pain ou un paquet de cigarettes et courir le risque de crever gazé. Les Ben Ali, Moubarak ne sont pas chichement rémunérés et leur zèle au travail est sans commune mesure.
Et puis un beau matin, un gamin des quartiers de déshérence se décida à faire écrouler tout ce beau système carcéral et toute cette bonne ordonnance réglée comme une montre suisse. Il mit le feu à sa cellule, et l’incendie se répandit comme une traînée de poudre, un véritable feu de Bengale. Les Kapos, et leurs séides pris de panique et de folie meurtrière ont eu juste le temps d'entonner leur dernier chant du cygne et puis ce fut la débandade générale, le sauve qui peut de tous les épouvantails, les zombies et autres Dracula. Le signal est donné, à nous la belle, la cavale, la liberté tant attendue espérée rêvée.
Et des histoires de faits historiques, de faits d’armes. Le plus beau conte que j’ai eu le bonheur d’écouter est celui du prisonnier qui nourrit son garde chiourme: Les soldats égyptiens du Sinaï , oubliés par leur hiérarchie dans la pagaille qui règne depuis dix jours, furent ravitaillés en pain et en conserves par des gens de Gaza à travers les tunnels de contre bande. Juste retournement des choses.
Hédi BENSAID
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